Pour l’entrepreneur, l’environnement fiscal français se caractérise depuis plusieurs années par une hausse continue des prélèvements, une instabilité réglementaire et la prolifération de mesures dites « exceptionnelles ».
Le vote récent de 53 milliards d’euros d’impôts nouveaux à la charge des entreprises, après déjà 30 milliards en 2025, s’inscrit dans cette trajectoire.
Ces décisions ne constituent pas un choc isolé, mais une accumulation progressive de contraintes fiscales et administratives, qui modifie en profondeur la perception du risque entrepreneurial en France.
Pourquoi les entrepreneurs ne quittent pas la France… mais cessent d’y structurer leur avenir
Dans le même temps, l’espace économique européen demeure ouvert, intégré et juridiquement accessible, offrant aux dirigeants une pluralité de cadres fiscaux et réglementaires. Dans ce contexte, un phénomène discret mais structurant est à l’œuvre :
les entrepreneurs ne quittent pas la France, ils cessent d’y projeter leur avenir économique.
Une confusion fréquente : partir vs structurer
Contrairement aux idées reçues, la majorité des dirigeants ne cherchent ni l’exil, ni la rupture.
Ils conservent souvent :
- leur résidence en France,
- leurs équipes,
- et une partie de leur activité opérationnelle.
Ce qui change, en revanche, c’est le lieu de structuration du capital, des bénéfices futurs et des décisions stratégiques.
Dans un environnement où la fiscalité devient imprévisible, la structuration n’est plus une optimisation marginale, mais un outil de gestion du risque.
L’arbitrage n’est plus idéologique, il est rationnel
Dans un marché unique européen, la fiscalité ne constitue plus une frontière politique, mais un paramètre de compétitivité, au même titre que le coût du travail ou l’accès au financement.
Lorsque :
- la pression fiscale augmente sans cap lisible,
- les règles changent d’une loi de finances à l’autre,
- et les dispositifs existants sont fragilisés,
l’arbitrage devient mécanique. Le capital productif ne disparaît pas. Il s’oriente vers les juridictions offrant plus de stabilité, de lisibilité et de prévisibilité.
Un phénomène progressif, rarement visible
La fuite du potentiel productif ne prend pas la forme de délocalisations massives. Elle s’opère par micro-décisions successives :
- création d’une holding hors de France,
- lancement de nouvelles activités à l’étranger,
- conservation des bénéfices dans des structures plus stables,
- gel des investissements domestiques non essentiels.
Ces choix sont rarement médiatisés, mais leur effet cumulé est considérable.
Le vrai déclencheur : la projection à long terme
Un entrepreneur n’investit pas uniquement pour l’année suivante.
Il investit pour :
- transmettre,
- capitaliser,
- sécuriser ce qu’il construit.
Or, lorsque la fiscalité future devient imprévisible, la projection disparaît. Ce n’est pas la pression actuelle qui provoque la réorganisation, mais l’incertitude sur ce qu’elle deviendra demain.
Impact concret pour dirigeants, PME et indépendants
Dirigeants de PME
Les PME sont les premières touchées par l’instabilité fiscale :
- marges plus faibles,
- capacité d’optimisation limitée,
- forte dépendance à l’autofinancement.
Structurer une partie du capital hors de France devient alors une assurance stratégique, non un rejet du pays d’origine.
Entrepreneurs en croissance
Pour les entreprises en phase de développement, chaque point de fiscalité supplémentaire pèse sur :
- l’investissement,
- le recrutement,
- et la prise de risque.
Le choix du lieu de structuration devient un levier de compétitivité, au même titre que le choix d’un marché ou d’un partenaire.
Indépendants structurés
Les indépendants exerçant via des sociétés ou holdings patrimoniales comprennent rapidement que la capitalisation en France devient fragile.
Ils ne quittent pas le pays, mais diversifient leurs structures pour sécuriser l’avenir.
Structurer n’est pas fuir
La question n’est plus de savoir s’il faut rester ou partir. La vraie question est devenue : Comment structurer intelligemment son activité et son patrimoine dans un environnement européen de plus en plus différencié ?
Dans ce cadre, la structuration internationale ne relève ni de l’évitement ni de l’opportunisme. Elle constitue une gestion responsable du risque fiscal et réglementaire, comparable à toute autre décision stratégique d’entreprise.

